La guerre civile en France à commencé.
Dimanche soir, 20h04, j’allume la télé. 4 minutes trop tard. J’ai loupé le début du JT. Je ne sais donc pas pourquoi la France est en situation de guerre civile. Les images défilent.
Des scènes de guérilla urbaine. De très nombreux policiers casqués et sur-armés, des hommes qui hurlent, qui s’affrontent, se lancent des projectiles, des parasols, des rétroviseurs, des boîtes
de thon à l’huile. Il y a de la fumée pour disperser les assaillants, des insultes fusent. Des hommes se jettent sur les caméras, seul moyen de faire entendre leur colère et leur indignation :
c’est honteux, absolument honteux, disent-ils.
J’essaie de comprendre, mais en vain. Je fouille en même temps dans mes placards : où sont mon masque-à-gaz et les clés de mon abri antiatomique ? Je sens que la fin est proche, pas une seconde
à perdre. Je n’ai que quatre bouteilles d’eau, c’est peu pour tenir une guerre. Je me prépare à sortir acheter des provisions d’eau, de sardines et de petits beurres pour survivre dans l’adversité. Mais je veux suivre jusqu’au bout ce reportage sur le conflit en cours dans mon pays. Un restaurateur explique qu’il a dû rentrer sa
terrasse pour se protéger, on se barricade à Marseille. Je transpire d’angoisse. Je n’avais pas prévu de vivre une guerre cette année. J’avais d’autres projets. Et puis est-ce qu’il y a le wifi
dans mon abri antiatomique ?
Et mes 3 co-blogueurs, où sont-ils ? Que vais-je devenir s’ils vont au front ?
La mobilisation a l’air de faire rage avec tous ces hommes déjà dans la rue. Cela dit, on a peut-être un peu de temps, la crise semble confinée à la cité phocéenne pour l’instant. Les mobilisés
semblent particulièrement enragés. Ils ont déjà leurs uniformes. Certains sont en bleu ciel, d’autres en bleu marine. C’est donc bien une guerre civile, il y a deux camps et ils ont l’air de se
haïr avec brutalité. Je me demande ce qui a pu créer le déclenchement d’une guerre civile en France, en 2009.
La hausse du chômage ? De l’inflation ? Du prix du baril de pétrole ? Des suicides chez France Télécom ? Des bonus des banques ? Le procès Clearstream ? L’inégalité face à la vaccination contre
la Grippe A ? Je suis perdue.
Heureusement, nous avons désormais, grâce à Internet et aux chaînes d’info en continu, la possibilité de nous tenir informés à tout moment. Fébrile, je zappe donc, toujours l’angoisse au
ventre. Sur les autres chaînes et sur Internet on ne parle que de l’annulation du match OM-PSG pour cause de Grippe A chez quatre joueurs. Notre pays est au bord de l’état de siège et ces cons
ne parlent que de foot. On nous montre un reportage à Marseille, suite à l’annonce de l’annulation du « classico » (youpi ! Mon vocabulaire vient de s’enrichir d’un mot). Et là, je n’ose
comprendre. Ces scènes de guérilla, ces échauffourées violentes sur le vieux port de Marseille, ces blessés à l’arme blanche (couteaux et lames de rasoir) sont en fait dus à l’annulation de ce
« classico ».
Mais de quoi tu parles, la télé ???
Le Président de l’OM prend alors un air très emprunté pour expliquer qu’on ne peut pas annuler un match aussi important que OM-PSG à quelques heures du coup d’envoi. Les événements en cours
étaient donc prévisibles, il fallait réfléchir avant. Oui, c’est vrai ça, ils auraient pu réfléchir avant de tomber malade, ces cons, genre peser le pour et le contre quoi, non mais je
vous jure, la jeunesse d’aujourd’hui, plus aucun respect de rien. Toujours selon ce Monsieur, c’est un scandale (« on dépasse les bornes ! ») de prendre une
telle décision au dernier moment, un manque de considération et de respect pour le club marseillais, et sa place dans le foot français. Mais de quoi il parle ? Ils fument quoi ces gens ? Ils
parlent de foot comme on parlerait des accords de Yalta. La grande question qui se pose désormais (apparemment primordiale pour l’avenir de la France) est de savoir quand ce match pourra être
disputé. Ah oui, essentiel, en effet. Euh mais à part ça, y’a pas un génocide en cours au Darfour ?
« Fallait prévenir avant », disent, quant à eux, les supporters marseillais, ce qui aurait évité aux supporters parisiens de venir polluer leur ville et
donc de donner lieu à ces affrontements. Ok les gars, mais les notions d’imprévu, d’impondérable, de situation d’urgence, ça vous parle ? Et les attitudes CIVILISEES, ça vous parle ? Et
pourquoi je discute, moi ? La prochaine fois vous consulterez Elizabeth Teissier avant, comme ça vous arrêterez de nous gonfler avec ces grotesqueries.
Les journalistes nous apprennent ensuite que la violence était telle dans les rues de Marseille que la SNCF a dû ajouter des trains en direction de Paris pour « l’évacuation » des supporters
parisiens qui s’est faite sous les insultes, les quolibets et les gestes agressifs et vulgaires des supporters marseillais. On voit alors les excités de la capitale, dans la gare, courant,
criant, sautillant, hurlant, menaçant, escortés par la police et par leurs ennemis (qui s’assurent certainement qu’ils montent tous bien dans les trains).
Mais qui sont ces gens ? Ont-ils des parents, des épouses, des enfants, des amis, un métier, des collègues ??? Je ne peux pas croire que ces hystériques
vivent parmi nous, ils végètent forcément dans un monde parallèle (une sorte de zoo) dont ils s’échappent les soirs de match pour beugler, frapper, siffler les symboles de leur pays. Je ne peux
pas imaginer qu’ils aient une quelconque vie sociale (sauf entre eux), qu’ils achètent leur pain sans tabasser la boulangère à coup de chausson aux pommes parce qu’ils la soupçonnent d’être
pour l’OM.
Et à part ça, est-ce que personne ne leur a dit qu’il ne s’agissait que d’un sport, d’un jeu ?
De 11 bonhommes en short, qui courent après une baballe dans l’espoir de la mettre dans un filet ?
Qu’il y a des médecins et des cliniques spécialisés pour traiter leurs pathologies ?
Qu’il ne faut pas oublier de prendre ses petites boules roses le matin ?
Qu’ils sont vulgaires et mal habillés ?
Qu’ils crient trop fort ?
Qu’ils nous dérangent ?
Note à Rama Yade : Je sais que vous vous intéressez au bien-être de l’humanité (rapport à vos anciennes fonctions). La prochaine fois donc, Madame la
Secrétaire d’Etat au Sport, au lieu de mobiliser toutes les forces de l’ordre du pays pour séparer et calmer ces bêtes féroces, laissez-les s’entre-tuer, on respirera un peu mieux.
Merci.


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